Se demander ce qu’on fait là…

Se demander ce qu’on fait là…

Hier soir, pour la première fois en voyage, j’ai pris un peu de recul sur la situation et je me suis bien demandé ce que je faisais là…

Petrified Forest State Park

Tout a commencé durant notre passage à l’Escalante Petrified Forest State Park. Après avoir passé quelques jours au Bryce Canyon National Park pour le plus grand plaisir de nos yeux,  nous étions allés nous renseigner sur la région au centre d’information touristique de Cannonville. On nous y avait fourni une carte détaillée de la région qui a l’air de regorger d’une multitude d’endroits plus spectaculaires les uns que les autres. La route 12 la plus scénique est mise en avant mais des randonnées sont également proposées. Celle s’intitulant “Spooky et peek-a-boo canyons” nous attire l’oeil. Fort de ces nouvelles informations nous décidons de rester un peu plus longtemps que prévu au camping de la forêt pétrifiée pour pouvoir aller le lendemain à la découverte de ces canyons.

Peek-a-boo et Spooky canyons

Rando dans le désert

Nico ayant fait des recherches sur internet, nous en savons en peu plus avant de partir à l’assaut de ces slots canyons (canyon en fente). Cependant, cette randonnée étant indiquée sur le dépliant touristique, nous pensons qu’une fois de plus le chemin sera bien balisé. Première erreur ! Heureusement que nous avions la carte (hors ligne il va de soi, il n’y a pas de réseau !), la batterie de remplacement et la boussole car nous avons à plusieurs reprises totalement perdu de vue les cairns sensés nous indiquer le chemin. Deuxième erreur, penser que si cette idée balade est indiquée dans un dépliant obtenu à l’office de tourisme, il est accessible à tous. Il faut tout de même avoir la forme (ou pas peur de s’enfoncer dans la glaise) et évidement avoir suffisamment d’eau car il y a beaucoup de passages en plein soleil (et en plein désert de ce fait). Mais une fois ces obstacles surmontés, l’aventure peut commencer !

Nous suivons donc le chemin “balisé” par les cairns et arrivons à un premier endroit sur notre carte qui s’appelle natural cave entrance : il semblerait que cela soit en réalité l’entrée du peek-a-boo que finalement nous n’avons pas parcouru. Nous commencions à peine notre journée et l’idée de devoir aller dans l’eau jusqu’à la taille dès le début ne nous a pas fait sauter de joie. Nous décidons donc de rentrer dans le Dry Forks canyon. Les parois sont abruptes, le soleil ne rentre pas toujours (pour notre plus grand bonheur) et nous avançons dans ce lit à sec. Les passages sont assez larges et la balade est agréable.  Par la suite, les murs se rapprochent et la glaise fait son apparition. La progression devient alors un peu plus difficile mais d’autant plus intéressante. Et puis comme nous mettons un point d’honneur à ne pas mettre les pieds dans la glaise (un peu trop facile non ?), nous nous contorsionnons et usons de nos meilleurs habiletés pour passer sans trop de dommage. Cette première expérience est intrigante et nous avons hâte d’aller découvrir le suivant qui se veut plus étroit et sinueux. Avant cela, un petit passage dans le désert nous assèche quelque peu, passage où le GPS nous a été indispensable…

Spooky Canyon

Nous voilà arrivés à cet autre slot canyon, le Spooky canyon. Dès le début les passages sont en effet plus étroits. Les parois rocheuses polies par l’écoulement violent de l’eau sont comme autant de sculptures naturelles et harmonieuses. Les murs sont striés, des petites piscines jalonnent le chemin. C’est intriguant et c’est simplement très beau, un peu envoûtant. Durant cette descente (heureusement nous avions décidé de le faire en descendant) la fente du canyon devient de plus en plus étroite. Impossible à présent de passer de face, nous devons nous contorsionner pour pouvoir passer de profil ! Heureusement que nous le savions : je ne me serais pas engagée autrement avec la peur de ne pas pouvoir faire demi-tour. Malheureusement, après quelques temps nous voyons déjà le canyon s’élargir et la descente s’achève. C’était un grand moment de notre voyage, notre première expérience de slot canyon, à renouveler, pour sûr ! Nous devions également découvrir le Peek-a-boo, soit disant le plus beau du coin, mais malheureusement nous avons vu un peu juste sur l’eau potable et réalisons que nous sommes obligés de retourner dès à présent à la voiture (sage décision). Pour parvenir à cet endroit nous avons du conduire sur une piste pendant 26 miles avec notre berline hyundai : il y a peu de chance que nous ayons le courage de revenir demain pour le Peek-a-boo…

Goblin valley State Park

Tellement ravis par cette première expérience, Nico découvre sur le net que non loin de là, dans le swell de San Rafael se trouvent les plus beaux et plus étroits slots canyons de l’Utah. Déjà que nous avions prévu de passer par là avant d’avoir cette info, plus de doute, nous devons nous y rendre. Évidement sur la carte, nous voyons bien que le Goblin Valley State Park est en plein milieu du désert de San Rafael : quelles vont être les températures de jour pour marcher et de nuit pour camper ? Nous décidons tout de même d’aller y jeter un coup d’oeil. Le personnel du State Park prend réellement le temps de nous informer sur la météo et les lieux. Allez, on tente de rester dormir là et partons pour les canyons de Ding et Dang dans l’après-midi.

Canyon de Ding et Dang

Avec beaucoup plus d’eau que la dernière fois et grâce aux indications assez précises fournies par le State Park, nous voilà parti pour une nouvelle aventure. Les paysages sont agréables et la remontée du Dang canyon est assez facile. Nico est un peu déçu, il ne s’agit pas d’un slot canyon mais moi je me contente de profiter et de m’émerveiller du paysage dans lequel je me trouve. Après Ding vient Dang et là les choses se corsent un peu plus. Je suis tout de même un peu étonnée, au point d’information cette randonnée est notée comme facile et ne nécessitant que 3 à 4 heures. Sauf qu’au bout de trois heures, nous on est au pied du mur. Enfin, en haut des cailloux à descendre. Et si jusqu’à présent on était assez content de Dang qui était davantage un canyon en fente que Ding, on se demande tout de même s’il va falloir que l’on fasse demi-tour. Non, pas question, il paraît que c’est facile, à nous de trouver le bon endroit pour passer ! On fini par y arriver mais nous aurions bien aimé mesurer 10 cm de plus chacun pour faciliter le passage ! Mais en réalité ce n’était pas encore terminé. En effet, pour ne rien gâcher, à la toute fin du slot canyon – mais nous étions prévenus – un joli passage en eau nous attendait. L’instant où il faut plonger son pied dans l’eau boueuse sans avoir aucune idée de la profondeur à venir et du sol que l’on va trouver m’a tout de même paru un peu long. J’immerge mon pied, puis ma cheville, puis mon genou et l’eau continue de monter sans que je touche le sol… Ouf cela s’arrête à la taille et cela s’avère bien plus facile à traverser qu’il n’y parait (l’eau c’est plus facile à gérer que la boue qui colle et glisse)! Nous voilà trempés mais ravis et le temps de revenir à la voiture par 39°C à l’ombre nos habits sont presque secs. Mais alors, à quel moment me suis-je demandé ce que je faisais là ? Patience, on y vient, on y vient !

Camper dans le désert de San Rafael

Qui dit désert, dit chaleur, logique. Or quand il fait chaud dehors, il fait encore plus chaud sous une tente, sauf si celle-ci n’a pas de couverture de pluie. La météo annonçant 30% de chance de précipitation avant minuit on ne peut pas prendre le risque de monter la tente à total découvert. On se décide donc pour monter la tente sans sa couverture de pluie pour avoir du frais et sentir les courants d’air, mais sous le petit toit aménagé au dessus de la table pour être protégés si quelques gouttes tombent. Va donc pour déplacer une table en acier de 8 personnes après le crapahutage dans les canyons, non non c’est dans ta tête que tu n’as plus de forces… Enfin la place est prête pour la tente.

Hop hop hop ça fait deux mois qu’on monte la tente, c’est du vite fait bien fait, quand tout à coup, une bourrasque de vent se lève. Mettons rapidement un peu de poids dans cette tente et attachons tout de même les coins. Sauf qu’on a à peine le temps d’y penser que le vent se met à nouveau à souffler mais avec une intensité incroyable. On n’entend presque plus rien, de la poussière de sable vole partout autour de nous et nous attrapons notre tente “au vol”. Elle se coince sur le mur de l’abri et on l’empêche de partir plus loin comme on peut ! Les arceaux de la tente se replient, la toile se déforme, ils ne vont pas résister à la force de la bourrasque… La tente a une excellente prise au vent et j’ai du mal à la maintenir : est-ce que notre maison est en train de se faire détruire sous nos yeux ? Va-t-on se retrouver à 20h15 en plein milieu du désert sans tente… C’est là, à cet instant, quand je vois ma tente se plier en deux sous l’effet de la force du vent, là, pendant un court instant, mais un instant quand même, un instant que je n’avais jamais connu en voyage, je me suis bien demandé ce que je faisais là, dans le désert, à retenir une tente en ayant mal au bras parce que je me suis baladée au fond d’un canyon toute l’après midi…

Petit à petit le vent redescend mais pas encore le stress : nous redémontons immédiatement la tente pour être prêt en cas de nouvelle bourrasque. Une course contre le vent commence alors : redéplacer la table, mettre la protection de sol, arrimer les quatre coins, remonter la tente et l’arrimer à nouveau, installer la couverture de pluie qui aujourd’hui protègera du vent, planter tous les piquets et installer du poids dans la tente au plus vite. Nous savions être rapides pour parer aux averses intempestives, nous ne savions pas encore comment monter la tente par grand vent, c’est fait et ce juste à temps avant la nuit ! On souffle (sans mauvais jeu de mot), on prépare à manger à la lampe frontale, mangeons la tarte achetée le matin chez les mormons de Capitol Reef National Park (réconfortant, la tarte hein, pas les mormons) et on se prépare à aller dormir dans… une mer de sable !

Le vent évidement avait soulevé de la poussière qui a pris un malin plaisir à se faufiler dans la tente lorsqu’elle n’était pas encore couverte… Que cela nous serve de double leçon : ne pas perdre l’habitude de monter le camp à peine arrivés (on ne sait jamais ce que la météo nous réserve) et mieux vaut avoir chaud que de s’envoler et/ou de dormir dans le sable !

Pour info, une fois entièrement montée, notre tente Marmott limestone 4P (aucune pub orientée ici, nous l’avons acheté avec nos propres deniers) a parfaitement résisté aux assauts du vent toute la nuit. A l’intérieur, nous sentions parfois le sol se soulever (ainsi que le bout de mon matelas, impressionnant tout de même) car le vent arrivait à s’engouffrer un tout petit peu sous la bâche de sol pourtant bien tendue, mais la marmot-mobile n’a pas bougé du tout et j’ai parfaitement dormi !

Alors voilà en six mois, j’ai réussi pour la première fois à me demander ce que j’étais venue faire par ici. Et puis le lendemain quand j’ai découvert les vues du parc national de Canyonlands, j’ai été rassurée et enchantée, mais ça, c’est une autre histoire !

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

CommentLuv badge