Comment arriver en retard au Japon ?
Prenez deux voyageurs dont un balbutiant quelques mots de japonais, un conducteur de bus pervers, un voyage en stop incroyable, une japonaise parlant formidablement bien anglais, une location Air bnb approximative, une journée de pluie effroyable, une batterie de téléphone à plat ; mélanger le tout et vous aurez la recette parfaite pour arriver avec deux heures de retard à un rendez-vous au Japon…
Fukuyama – Himeji en stop
Phase d’approche en bus
Une fois encore, c’est en stop que nous décidons de parcourir les 150 kilomètres séparant Fukuyama de Himeji. Comme toujours, la partie la plus longue du trajet est la « phase d’approche ». En effet, impensable de faire du stop en ville ! Nous cherchons donc une solution pour quitter le centre de Fukuyama et rejoindre une station d’autoroute à pied. Merci notre atlas, merci google map, merci le net : ce sera un peu de bus et une entrée légale à pied sur la SA (Service Area – aire d’autoroute à la japonaise).
Le trajet en bus fut tout de même une grande aventure en soi. Il n’y avait pas grand monde sur cette ligne qui mène un peu au milieu de nulle part et le conducteur semblait avoir envie de se faire des copains. Avec son beau képi, ses magnifiques gants blancs immaculés et son uniforme, nous lui donnerions le bon dieu sans confession. Nico comprend peut-être mieux que moi le japonais, mais comment expliquer qu’il y a des gestes internationaux… Bref, on est tombé sur le conducteur de bus le plus pervers du Japon qui a bien fait comprendre à Nico que j’ai des gros ***** et que lui sa **** n’est pas mal non plus ! Bon moment de rigolade après coup !
Le stop : rencontre de Yumiko
Nos premiers conducteurs ne se font pas attendre. La télé est allumée à l’avant de la voiture et ils rigolent comme des baleines à ce qui semble être un humour plus que potache. La communication est à son point mort. Nous nous demandons pourquoi ils nous embarquent s’ils n’essayent même pas de discuter avec nous… Choc des cultures ! Il n’empêche qu’ils nous ont aidé à parcourir quelques kilomètres et que nous les en remercions chaudement.
À peine déposés, une deuxième personne s’arrête pour nous prendre. Une femme, Yumiko, avec son enfant à l’arrière. Souriante, sympathique et parlant très bien anglais. Nous passons un moment très agréable en sa compagnie et elle décide de nous déposer au point final de notre voyage ! Arrivés au château d’Himeji, elle nous donne son contact facebook et son numéro de téléphone.
Acheter un cadeau à Kobe
Après être tombés sous le charme de son magnifique château, nous avons quitté Himeji pour Kobe. Dans cette ville nous préparons la suite de notre voyage et décidons de retourner à Kyoto (nous avions découvert cette ville en 2013). Nous envoyons alors des messages à Yumiko, notre dernière conductrice, car elle y habite depuis de nombreuses années. Riche idée : rendez-vous est pris pour se retrouver en plein centre de Kyoto !
Avant de prendre le train de Kobe à Kyoto (on peut faire le trajet pour 650 yens par personne, cela ne vaut pas le coup de s’en priver car en stop nous ne maîtrisons pas nos horaires), nous décidons d’acheter dès maintenant un cadeau à Yumiko. Nous trouvons un centre commercial avec un étage « gourmet » dévoué aux spécialités culinaires. Nous voulions acheter une marque française mais à défaut, nous nous décidons pour une marque jouant sur le registre chic et sonnant français « Henri Charpentier ». Vive les bonnes madeleines et autres sablés bretons hors de prix ! Avec du recul, on aurait pourtant dû prendre la taille de coffret encore au dessus…
Arriver à Kyoto et prendre un peu de retard
Le timing est pour l’instant parfait. Nous avons le cadeau dans le sac, nos trains se sont bien enchaînés et nous voilà à Kyoto largement à l’heure. Il ne nous reste plus qu’un peu de marche – sous la pluie – pour rejoindre notre logement réservé pour y déposer nos bagages avant de nous rendre à notre rendez-vous. Nous suivons les instructions AirBnb reçues par mail, ouvrons la boîte aux lettres pour prendre les clefs et là, patatras, rien dans la boîte ! Une mamie plus que dévouée essaye tant bien que mal de nous aider et Nico arrive à lui expliquer la situation. Elle veut que nous téléphonions au seul numéro inscrit dans le hall de l’immeuble : celui de la compagnie d’ascenceur… Pas sûr que cela soit très efficace !
Nous réflechissons dur et finissons par comprendre qu’il y a un problème. Perspicaces, non ? En effet, la boîte aux lettres correspond à un rez-de-chaussé alors que dans les commentaires il était question d’une jolie vue sur la ville. Par ailleurs, l’adresse ne correspond par vraiment au quartier que nous avions vu lors du choix de notre appartement… Nous en sommes sûrs, le propriétaire – ou l’agence – a plusieurs logements en location et s’est juste trompé en nous envoyant le formulaire d’accès. Évidemment, nous n’arrivons pas à le contacter et la batterie du téléphone se décharge à vue d’oeil. Nous finissons par sonner au logement où nous sommes sensés aller : bingo, des touristes ! Ils nous permettent de recharger notre portable et téléphonent également à leur contact AirBnb, qui bien entendu ne répond pas…
L’heure tourne, nous sommes coincés dans ce hall depuis plus d’une heure et n’avons toujours pas de solution. Nous finissons par appeler AirBnb, ce que nous aurions dû faire dès le début (mais on n’avait plus de batterie, souvenez-vous !). La chance est avec nous, nous arrivons à contacter le centre qui nous aide à gérer la situation au mieux. Ils ne parviennent pas non plus à contacter notre propriétaire et nous proposent donc de financer notre nuit en hôtel ce soir. Nous avons à présent plus d’une heure de retard et sommes sous la pluie avec nos sacs. Heureusement, nous trouvons un hôtel dans nos prix sur le chemin entre notre position actuelle et notre point de rendez-vous avec Yumiko.
Se retrouver et partager un excellent moment
C’est donc plus que confus que nous arrivons à ce rendez-vous. Au Japon la ponctualité n’est pas accessoire. Tout le monde est ponctuel. Après l’heure ce n’est plus l’heure. D’ailleurs, a priori, la bienséance veut que l’heure juste, ce soit presque un peu en avance… Bref nous ne sommes pas très fiers d’arriver si en retard !
Yumiko et sa famille ne semblent pas nous en tenir rigueur : ils sont souriants et chaleureux. Nous allons dans un de leur restaurant préféré où nous nous régalons. Heureusement, nous avons notre joli coffret de gâteaux à offrir ! En effet, je me doute bien qu’au moment de l’addition, il n’y aura pas moyen de payer notre part. Mais cela était sans compter que nous serions en plus noyés sous les cadeaux… Durant notre trajet en voiture, nous avions posé de nombreuses questions à Yumiko sur Kyoto et les endroits que nous devions découvrir. Elle nous avait donc préparé de nombreuses idées sorties et surtout réservé des places pour le spectacle des Miyako Odori ! Nous la remercions encore pour le temps et les bons moments qu’elle nous a offert. Elle est maintenant retourné à Hiroshima dont sa famille était originaire : nous espérons pouvoir y retourner un jour, à l’heure, et avec un montagne de macarons français à offrir !